Cet article invité est rédigé par Kalagan, blogueur et webmaster. Depuis 2011, il travaille sur internet depuis l’étranger (en savoir plus sur son blog). Ses propos s’appuient sur ses recherches, ses expériences et celles de ses clients dans la blogosphère du voyage, très touchée depuis plusieurs années par la vente de liens payants.


Vous rappelez-vous le temps où placer un lien dofollow vers un site de poker suffisait à payer votre hébergement pour plusieurs années ? Google a lutté activement en 2014 contre ce qu’il appelle les liens sortants factices (appelons un chat un chat et parlons de « liens payants »). Qu’en est-il aujourd’hui ? Voici un premier bilan de la bataille.

En 2013, Google lançait des actions de pénalisation contre des plateformes de ventes et d’achats de liens, considérées par le moteur de recherche comme « factices ». Des sites comme  Backlinks.com, AngloRank, Ghost Rank 2.0 ou encore Text Link Ads ont vu leur Page Rank tombé à 0, et dans la majorité des cas, suite à la fuite de leurs clients, mirent la clé sous la porte.

Le 28 janvier 2014, c’est la société française Buzzea qui connut le même sort, faisant couler l’encre sur toute la blogosphère française spécialisée.

Twitter et la pénalité Buzzea

En 2014, des dizaines, voire plus de cent blogs francophones se sont vu touchés par des vagues de pénalisations pour liens sortants factices, pénalisations alors intégrées dans l’interface de Google Webmaster Tools.

Remarquez que les blogs n’ont pas été les seuls à subir des pénalités manuelles. Comme l’étudie cet article de Sylvain Richard (Axenet), de nombreux sites internet de communiqués de presse et d’annuaires payants en ont pris également un sacré coup…

La vente de liens payants

En dofollow je précise, ils ont l’avantage de mettre tout le monde d’accord (excepté Google) :

  • les annonceurs peuvent mettre en place de vraies stratégies de retour sur investissement en améliorant facilement les positions des pages les plus rentables. Acheter plusieurs dizaines de backlinks vers un page spécifique apporte de bons résultats en terme de positionnement, même sur des requêtes concurrentielles ;
  • les agences de référencement ou les services internes des grosses entreprises négocient avec une facilité enfantine l’insertion de liens avec des blogueurs. Beaucoup ont d’ailleurs profité de la simplicité de cette pratique pour sous-traiter à l’étranger le démarchage des blogueurs et la mise en place du partenariat. Voici un exemple d’email que reçoivent régulièrement des blogueurs voyage. Vous trouverez de nombreux exemples de ce genre sur le groupe Facebook des blogueurs voyageurs francophones :

Bonjour,
Je voudrais savoir si il est possible de publier un article sur votre site:
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L’article est une nouvelles et il n’est pas utilisé pour annoncer directement.
L’article comprend deux ou trois liens différents, un lien est pour XXXXX et il est un do-suivi, mais je le répète l’article n’est pas sur le poker.
S’il vous plaît laissez-moi savoir si il est possible, et combien il m’a coûté le faire parce que mon budget n’est pas si high.If vous pouvez me faire un disscount il sera très apprécié et j’espère que nous pourrons travailler dans les prochains articles de golf.
J’espère vous entendre dès que possible.
Cordialement, Vanessa.

Vous remarquerez le « do-suivi », les fautes d’orthographes et le « franglais« …

  • pour finir, les blogueurs s’en tirent également très bien dans cette histoire : l’intégration d’un lien payant pour une durée d’un an est facturée en moyenne entre 100 et 400 euros, selon l’autorité du blog, son Page Rank, ses différents metricsJ’ai même entendu parler d’un lien vendu à 800 euros l’année, sur la page d’accueil d’un blog avec un bon PR5. Certains blogueurs en ont profité pour ouvrir plusieurs blogs, parfois en créant des réseaux pour vendre des packs groupés. En quelques années, on a vu sur la toile se développer des ribambelles de blogs de voyage avec comme seule source de revenus, des liens payants. Cette forme de monétisation a même été l’objet d’une formation sur la création d’un blog voyage, faisant parler d’elle dans la blogosphère du voyage pendant plusieurs semaines.

Mais voilà, tout cela n’allait ni dans l’intérêt des lecteurs, ni dans celui de Google

L’information que délivre aux internautes la blogosphère ne gagne pas en qualité en proposant de plus en plus d’articles sponsorisés ou des lignes éditoriales dépendantes des liens à insérer. Tout le monde sera d’accord là-dessus. Cette pratique a également pour inconvénients de mieux positionner dans les moteurs de recherche les pages des sites internet qui ont les plus gros moyens. Certains diront que c’est déjà le cas, mais n’empirons pas les choses !

Et d’un point de vue plus pragmatique, alors que Google doit déjà faire face à la redirection d’une partie des budgets publicitaires vers Facebook Ads, faudrait pas non plus qu’une autre partie parte vers les blogueurs ! Les revenus engendrés par Adsense et Adwords représentent l’essentiel des revenus de la firme californienne. Ne sous-estimons donc pas l’importance pour Google de cette chasse aux liens payants.

Comment est infligée une pénalité manuelle pour lien sortant factice (ou « lien payant ») ?

Il faut bien comprendre qu’une pénalité manuelle est mise en place par un employé de chez Google. Une ou plusieurs équipes de Google France visitent tout simplement des sites et mettent des pénalités manuelles grâce à une interface. Quand j’explique cela à des annonceurs, ils me répondent : « Oui, mais si c’est bien fait, ils ne vont pas le voir« . Et mon oeil… En connaissez-vous beaucoup des blogueurs qui mettent des liens gratuits dans leurs articles vers des sites de poker ou de location de pneus ?

Voici brièvement ce que j’ai répondu à plusieurs annonceurs et agences de référencement avec qui j’ai débattu :

« Donnez-moi une liste de 20 blogs, et en une heure top chrono, je vous fais le tri entre ceux qui vendent des liens payants et ceux qui ne le font pas (ou ne le font plus). Et pourtant, je ne suis pas ingénieur chez Google… »

Les spécialistes que j’ai pu lire imaginent que des sites « passent dans le rouge » avant d’être révisés manuellement. Une liste de sites d’annonceurs suspects qui ont été quant à eux pénalisés pour ‘liens entrants factices » peut également servir à passer dans le rouge un blog qui ferait un lien vers un de ces sites.

Google va encore plus loin : il a mis en place un outil anonyme pour dénoncer ses concurrents ! Cet outil permet d’indiquer aux équipes de Google qu’un site internet a vendu un lien (accédez au formulaire). On en vient quasiment à la délation…

Les conséquences d’une pénalité

Si vous avez un PR5 ou plus, vous passez à PR2. Si vous avez un PR4 ou moins, vous passez à PR0. Vous avez quelques semaines pour régler le problème via Google Webmaster Tools (je vous renvoie au témoignage de mon ami Fabrice qui a su s’en sortir avec sang-froid). Si vous ne le faites pas à temps, c’est au moins 50 à 70% de baisse de trafic pour les cas que j’ai pu étudier. Cette pénalité peut facilement mettre à terre une entreprise qui dépend fortement du trafic Google de son site internet. Je conseille d’ailleurs aux blogueurs qui la subissent et dont les annonceurs se plaignent du passage des liens en nofollow d’invoquer le « cas de force majeur ». Certain décide tout simplement d’abandonner leur site, d’autres de changer le nom de domaine…

Mais en général, si on s’y prend bien et rapidement, la pénalité est levée quelques jours plus tard. Mais qu’en est-il de la récidive ? J’ai posé la question à plusieurs référenceurs qui n’ont jamais su me répondre. Peut-être que vos commentaires nous aideront à en savoir plus sur ce point ?

Que se passe-t-il ces derniers mois ?

La dernière vague de pénalisation que j’ai pu observer sur la toile française, c’était en mai me semble-t-il. En juin, une vague a eu lieu sur un réseau polonais. A ma connaissance, rien depuis… Google s’est-il aperçu que cela coûtait trop cher ? Attends-t-il des récidives pour la prochaine vague soit plus « productive » ?

Malgré les risques, il y a encore beaucoup d’agences de référencement qui demandent aux blogueurs d’intégrer des liens payants en dofollow dans leurs articles. Ils précisent de ne pas utiliser d’ancres optimisées et de mettre des liens externes vers des articles et sites à forte notoriété. Dans ses consignes de qualité, Google est pourtant clair : les liens payants sont autorisés, à condition qu’ils soient en nofollow (ce qu’apprécient moyennement les annonceurs, bien évidemment). Certains acceptent tout de même de placer des liens en nofollow, généralement pour des tarifs moindres.

L’avis des blogueurs sur ce sujet est partagé, entre ceux qui se sont fait pénaliser, et ceux qui continuent à gérer le plus discrètement possible des revenus avec les liens payants. Mais tous savent que le risque est bien présent. Il n’est d’ailleurs pas rare de recevoir des emails d’annonceurs demandant la suppression de liens achetés, leur passage en nofollow ou bien la modification de l’ancre.

Les équipes de Google ont donc été très calmes ces derniers temps et je redoute la stratégie du « coup par coup« , avec des vagues de pénalisation successives, mais espacées dans le temps. Cela permet d’envoyer des signaux forts et répétés aux éditeurs et annonceurs. Google a donc gagné une bataille contre les liens payants en 2014, mais la guerre est à mon avis loin d’être terminée.

Merci à Daniel de m’avoir ouvert les pages de son blog, et n’hésitez-pas à venir visiter le mien. Vous y apprendrez à gérer vos activités sur internet de manière géographiquement libre.

PS : je donne dans cet article, sans aucun tabou, mon avis de webmaster. J’ai étudié longtemps ce sujet mais je ne suis pas non plus un spécialiste renommé du référencement. Il est difficile de connaître les moyens que Google met en place dans cette chasse aux liens payants et je suppose que beaucoup ne seront pas de mon avis. Et bien tant mieux ! Faites-le savoir dans les commentaires : c’est de cette manière que l’on débat et que l’on fait avancer les idées…