Olivier Andrieu, l’un des référenceurs français les plus connus, a accepté de répondre à quelques questions sur SeoMix sur sa vision du référencement et sur son évolution dans le monde du SEO.

Avant de commencer, peux-tu te présenter brièvement ?

Olivier AndrieuJe préfère laisser parler mon site (http://docs.abondance.com/oa.html) :-) mais disons que je fêterai l’année prochaine mes 20 ans d’Internet avec une première démo en 1993 de Mosaic 1.0 (le premier navigateur Web) à l’ULP (Université Louis Pasteur, à Strasbourg). Ca fait un bail et ça ne me rajeunit pas.

J’ai créé la société Abondance le 1er avril 1996 pour me spécialiser dans ce qu’on appelle aujourd’hui le SEO et qu’à l’époque on nommait encore le référencement naturel. Aujourd’hui encore, tout ce qui touche à ce petit microcosme des moteurs de recherche (qui a bien changé depuis 1993) m’intéresse et me passionne…

En quoi consiste le référencement naturel ?

A s’adapter aux moteurs de recherche :-) et ce depuis le début. Le point de départ est avant tout de comprendre comment fonctionnent ces moteurs et donc aujourd’hui Google. Ensuite, chacun suit sa voie, plus ou moins « licite » (white ou black hat) mais finalement, dans ce métier, la finalité est la même : créer du trafic, si possible de la meilleure qualité possible, depuis les moteurs. Seuls les moyens mis en œuvre changent. Et la vision que l’on a de son travail…

Black Hat SEO
La mode est au black hat !

Le black hat est aujourd’hui à la mode mais je ne pense pas que cela dure ou en tout cas qu’il s’intègre dans les stratégies des grandes entreprises (le blck hat en lui-même continuera bien sûr pendant longtemps). Si certains sites « sérieux » font appel à ce type de technique, et se font pénaliser à un moment donné (et c’est ce qui se passera obligatoirement), ça risque de refroidir les autres, de façon logique.

Mais le black hat est intéressant à observer pour comprendre certains mécanismes. Mais de là à proposer ces techniques à des grands comptes, il y a un pas… En même temps, les « petits » sites n’ont le plus souvent pas d’autres armes pour lutter contre les « gros », d’autant plus que la politique actuelle de Google est vraiment de mettre en avant les sites à forte notoriété et « autorité », ce qui, quelque part, génère encore plus de spam de la part des autres. Je pense que Google devrait réfléchir à cela et revenir à une vision plus « internet » et égalitaire de son algorithme : certains petits sites sont souvent bien plus pertinents que les gros. Google semble parfois l’avoir perdu de vue ces derniers temps…

Tu as publié récemment une nouvelle version de ton livre « Réussir son référencement Web ». Peux-tu nous en dire plus ?

Il s’agit de la 4ème édition (http://www.livre-referencement.com/) et certainement mon vingtième ouvrage (ou plus, je ne compte plus :)) sur le sujet. Mon but est toujours le même au travers de ces livres : fournir le plus d’infos possible aux lecteurs afin qu’ils améliorent leur référencement.

Il n’y a rien de meilleur que de recevoir des mails de remerciement de la part des gens qui ont lu le livre et qui arrivent à mieux se positionner sur Google grâce à lui. Quant à la version 2012, il parait qu’elle propose un excellent chapitre sur la configuration de WordPress pour le SEO  :-)))

En quoi le référencement est-il différent d’il y a quelques années ? Selon toi, comme le référencement va t-il évoluer ?

Le référencement évolue continuellement depuis près de 20 ans. Et encore plus vite actuellement puisque Google multiplie les nouveaux algorithmes, filtres de nettoyage de type Panda, etc. Cela demande une capacité de remise en question encore plus forte qu’avant. La mise en avant des réseaux sociaux devrait encore plus changer la donne en personnalisant les résultats, de façon plus ou moins heureuse.

L’erreur de Google avec son « Search Plus Your World » va-t-elle changer la donne ? On le verra très vite mais j’ai vraiment l’impression que l’année 2012 sera charnière dans la vie du moteur leader et que l’opinion publique, surtout professionnelle, comment à en avoir assez de son comportement. J’ai également l’impression que Google a tendance à paniquer devant la concurrence : Facebook, Twitter et les autres. « Search Plus Your World » en est l’illustration la plus marquante : jamais Google n’aurait fait une erreur pareille lorsque Eric Schmidt était CEO. Finalement, Larry Page est-il la bonne personne à la tête de l’entreprise ? On peut se le demander…

La grande chance, actuellement, de Google, c’est qu’il n’y a personne en face, aucune concurrence en termes de moteur de recherche (Bing  ayant semblé abandonner la partie depuis longtemps : qu’ont-ils amené de nouveau dans ce secteur sur les 12 derniers mois ?). Car sinon, les choses ne se passeraient certainement pas comme cela…

Si tu devais citer trois outils indispensables pour le référenceur, lesquels seraient-ils ?

Personnellement, j’utilise Web Developer, (plug-in pour Firefox et Chrome) pour auditer les sites web, Quirk Search Status (idem) pour certaines fonctionnalités (afficher les liens en nofollow par exemple) et Google Analytics pour mesurer la qualité du trafic généré par les moteurs de recherche sur un site web. Plus plein d’autres par ci par là en fonction des besoins. Ce ne sont pas les outils qui manquent dans notre domaine.

Si tu devais conseiller trois techniques pour référencer un site Internet, tu penserais à ?

D’abord écouter le propriétaire du site pour comprendre ses besoins. Puis analyser l’existant avec les outils dont on dispose (Webmaster Tools, Analytics, etc.). Ensuite, s’adapter au site et à sa problématique pour trouver des solutions pour faire en sorte que les choses se passent (encore) mieux.

Chaque site a ses propres problématiques et donc ses propres solutions à trouver. L’une de mes devises préférées est « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ». Mais pour trouver des solutions, il est obligatoire de passer beaucoup de temps sur la compréhension des problèmes :-) Il n’y a pas de « recette miracle » en SEO, mais plutôt du temps passé à tenter de comprendre des situations parfois complexes…

Quelle est la plus grosse erreur que tu as faite lors d’une prestation de référencement ?

Mais des erreurs j’en fais tous les jours, comme tout le monde :-) On apprend de façon incroyable de ses erreurs si on se remet en cause avec humilité tous les matins. J’ai mis pour la première fois en exergue dans la version 2012 de mon livre cette pensée de Socrate : « La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien ».

J’ai plusieurs fois eu l’occasion de dire que ce devrait être la devise de notre profession. Nous travaillons au quotidien sur des sujets que nous ne maitrisons pas par essence (l’algo de Google, qui lui appartient et sur lequel il ne communique pas ou très peu, avec raison). C’est très loin d’être une science exacte. J’ai toujours du mal quand j’entends ou je lis des discours pétris de certitudes de la part de certains référenceurs. Ceux-là ont-il vraiment le profil pour faire ce métier ? J’en doute parfois…

Pour moi, le métier de SEO demande d’accepter le plantage car il permet de s’améliorer continuellement… Une grande école de l’humilité dont certains manquent parfois ;-)

Si tu ne devais donner qu’un seul conseil à quelqu’un qui se lance sur le référencement ?

ScarabéSi tu aimes les vacances…

T’es mort, …

… Petit Scarabée :-))))))

Un mot de la fin ?

Presque 20 ans après mes premiers pas sur Infoseek, Lycos, Webcrawler et autres AltaVista un peu plus tard, le milieu des moteurs de recherche est toujours aussi passionnant. Mais j’ai vraiment l’impression qu’il reste des millions de choses à faire dans ce domaine. Le métier de SEO est donc loin d’être mort. En revanche, ceux qui ne s’adapteront pas ne dureront pas longtemps. Je ne connais plus beaucoup de conducteurs de fiacres à notre époque… ;-)